Transformer la valeur en attrait : mon entretien exclusif avec César Val sous le soleil de Marbella 

Cesar Val interview

Par Smadar Kahana

Alors que j’installais les caméras sous le magnifique soleil de Marbella pour tourner avec César Val, véritable référence mondiale dans le domaine du luxe, une citation de mon ancien patron m’est venue à l’esprit : « Le seul qui ne commet pas d’erreur, c’est celui qui ne fait rien. »

C’est une philosophie que je porte en moi chaque jour chez Engel & Völkers Marbella. Dans notre secteur, si l’on ne se renouvelle pas constamment, si l’on ne repousse pas sans cesse les limites et si l’on n’écoute pas attentivement le marché, on se fait distancer.

J’ai invité César à Marbella parce que je souhaitais faire le pont entre deux univers : son expertise mondiale en stratégie des marques de luxe et nos 45 années d’expérience au sommet du marché immobilier de luxe. Depuis des années, je répète à mon équipe que nous ne vendons pas des mètres carrés, mais le rêve d’un certain art de vivre. Mais cette rencontre avec César m’a aidé à comprendre pourquoi ce lien émotionnel est le facteur décisif ultime pour les acheteurs les plus fortunés du monde.

Au fil de notre conversation, il est apparu clairement que pour cerner les perspectives du secteur de l’ultra-luxe, il fallait abandonner les codes traditionnels de l’immobilier et considérer un bien sous un angle plus psychologique.

La règle des 20/80 : faire d’une maison une identité

J’ai entamé notre conversation en demandant à César comment les marques immobilières pouvaient réussir à reproduire la magie émotionnelle que l’on retrouve dans la mode haut de gamme ou chez les marques de tradition. Sa réponse a parfaitement cristallisé ce que je ressentais intuitivement depuis des années, en décomposant la conversation avec le client en une brillante pyramide structurelle.

César Val : « Je vais essayer de faire simple, Smadar. Je pense qu’à la base de la conversation, il y a la maison, puis vient le foyer, et enfin l’identité. Le temps que votre équipe consacre à chaque niveau est la clé pour offrir un rêve plutôt que de se contenter de fournir des fonctionnalités. La maison – sa superficie, son emplacement, son architecture – ne devrait pas occuper plus de 20 % du temps passé avec un client. Les 40 % suivants concernent le foyer : le confort, la sécurité, l’intimité. Mais les 40 % restants ? C’est le sommet de la pyramide : l’identité. Qui est-ce que je deviens en vivant dans cette belle maison ? Suis-je reconnu par la communauté locale ? Si vous vendez un rêve, vous devez parler de ce rêve. »

cesar val smadar kahana

Cela m’a vraiment interpellé. Lorsque je forme nos agents à l’accompagnement d’un client lors d’une visite immobilière, je leur dis toujours : il ne s’agit jamais simplement de présenter un plan. Je les forme à aller plus loin, à observer comment un client s’imprègne d’un espace, et à l’aider à vraiment se représenter ce que l’on ressent en se réveillant face au lever du soleil à Marbella. En tant que professionnels, si mon équipe consacre 80 % de son énergie aux aspects fonctionnels, nous manquons à notre devoir envers le client. La véritable magie opère lorsque nos agents parviennent à établir un lien entre le bien immobilier et l’identité profonde du client.

The Shift to « Quiet Luxury » and the Death of the Logo

Mais cet alignement émotionnel n’est pas une formule universelle. Dans un melting-pot mondial comme Marbella, l’« identité » d’un acheteur varie considérablement en fonction de son parcours. Au cours des dernières années, j’ai remarqué un contraste saisissant entre ce que recherchent nos clients ultra-fortunés (UHNW) et ce que recherchent les acheteurs haut de gamme classiques. À mes yeux, les logos imposants et les mises en scène tape-à-l’œil sont dépassés depuis longtemps. Je voulais savoir si César observait cette même évolution à l’échelle mondiale.

César Val : « Absolument. La visibilité n’est plus ce qu’elle était. Les véritables particuliers fortunés recherchent la reconnaissance, mais ils la veulent auprès des bonnes personnes. Toutes ces choses tape-à-l’œil, cette logomanie, tout cela appartient au passé. Aujourd’hui, on assiste à la dématérialisation du luxe. « Savoir, c’est la nouvelle possession. » Ce qui compte, c’est ce qu’un espace vous fait ressentir, au-delà de la simple possession de celui-ci. C’est une question de « tribalisation » : en achetant ce bien immobilier, à quel type de communauté est-ce que je m’associe ? »

Mais ici, à Marbella, le vent a définitivement tourné vers ce que j’appelle le « Loro Piana » ou le « Bottega Veneta » de l’immobilier. Nos acheteurs veulent que la qualité des matériaux, la texture de la pierre et la sobriété architecturale parlent d’elles-mêmes. Ils n’ont pas besoin d’une pancarte sur le portail indiquant au monde entier combien ils ont dépensé.

ev with cesar val

La psychologie du choix : la confiance plutôt que la peur

YCependant, l’appréciation des matières premières et d’une architecture subtile ne suffit qu’à amener l’acheteur à mi-chemin de la ligne d’arrivée. Sous la surface de cette adéquation esthétique se cache un déclencheur psychologique bien plus profond et plus instable. J’ai interrogé César sur le mécanisme ultime de la transaction : quel est le véritable catalyseur qui fait passer une transaction de plusieurs millions d’euros d’un « peut-être » hésitant à un « oui » définitif ? Sa réponse a mis en lumière une vérité cachée de notre secteur.

César Val : « Tout d’abord, il y a la confiance. La majeure partie de la valeur de tout article de luxe repose sur la confiance. Si j’achète un sac Birkin, c’est parce que je fais confiance à Hermès pour préserver le rêve, le savoir-faire artisanal et la rareté. Il en va de même dans l’immobilier. Mais ce qu’il est très important de comprendre, c’est que la raison pour laquelle un client n’achète PAS tient rarement à un manque d’attrait. C’est la peur. La peur de se tromper. Une marque comme la vôtre, avec une présence mondiale et 45 ans d’histoire, dissipe cette peur. Une fois cette peur dissipée, on peut alors renforcer l’attrait et parler du rêve. »

L’entendre formuler cela m’a profondément touché. Lorsqu’un client très fortuné nous confie son patrimoine et le mode de vie futur de sa famille, il ne cherche pas seulement un conseiller, il cherche un protecteur. Notre réputation n’est pas seulement un outil marketing ; c’est un bouclier contre sa peur de faire un mauvais choix.

Marbella, plaque tournante européenne des résidences de luxe

Cette nécessité d’une confiance inébranlable et d’une curation du mode de vie explique pourquoi les marques historiques les plus emblématiques au monde ne se contentent plus de rester sur les podiums. Elles s’implantent désormais directement dans notre secteur. Nous ne pouvions pas avoir cette conversation sans évoquer l’afflux massif de maisons de couture, telles que Fendi, Armani et Dolce & Gabbana, qui font leur entrée dans le monde de l’immobilier. Marbella est rapidement devenue le centre névralgique européen de ces résidences de marque, et j’ai demandé à César ce qui, selon lui, était à l’origine de ce changement de paradigme.

cesar val interview

César Val : « Les marques tentent de créer des univers à part entière. Il n’y a pas de meilleur moyen d’inviter quelqu’un dans son univers que par le biais de l’immobilier, en montrant aux gens comment vivraient Armani ou Fendi. Mais ce que je veux dire ici, Smadar, c’est qu’elles doivent rester authentiques. Certaines de ces maisons se contentent de placer quelques coussins à l’effigie de la marque dans l’entrée et s’en tiennent là. Ce n’est rien d’autre que du « logo-washing ». La nouvelle génération est profondément attachée au bien-être, à la longévité et à l’intégration numérique. Elle ne s’enthousiasmera pas pour un bien immobilier simplement parce qu’un nom est inscrit sur le mur. »

Je suis tout à fait d’accord : s’il est vrai que les acheteurs sont initialement attirés parce qu’ils font confiance à l’excellence esthétique d’une marque comme Mercedes ou Armani, la nouveauté d’un logo s’estompe dès que l’on tourne la clé. En tant qu’experts immobiliers guidant ces collaborations, nous devons exiger des promoteurs qu’ils respectent des normes bien plus élevées. Il ne peut s’agir d’un simple exercice de décoration d’intérieur ; il doit s’agir d’une intégration holistique du mode de vie qui valorise la santé, l’intimité et le bien-être authentique.

Ma réflexion finale : des agents immobiliers aux gardiens du sens

À l’issue de notre entretien individuel, la conversation s’est poursuivie sous la forme d’une masterclass exclusive avec nos agents, au cours de laquelle nous avons approfondi ce que signifie réellement « l’art du luxe » pour notre équipe dans cette nouvelle ère. César a partagé un enseignement tiré du monde de l’art qui reflète parfaitement notre mission : l’objet en lui-même ne change jamais, mais le cadre dans lequel sa valeur s’inscrit, lui, évolue.

Pour nos agents, le message était clair : la valeur de nos biens immobiliers réside déjà dans leur architecture et leur rareté. Notre métier ne consiste pas simplement à faire visiter une maison, mais à agir en tant que « conservateurs » qui transforment cette valeur brute en un attrait profond et en une signification.

Nous nous éloignons des argumentaires traditionnels centrés sur le produit, car les clients haut de gamme d’aujourd’hui rejettent ce qui est bruyant, tape-à-l’œil et bondé. Au contraire, ils recherchent avant tout un lien humain, des détails irréprochables et ce que l’on appelle une « hospitalité hors du commun ». César nous a rappelé que les clients ne sont pas là pour être gérés ; ils sont là pour être guidés par un expert. Lorsque nous les guidons, nous ne vendons pas des mètres carrés, nous les aidons à acheter une version d’eux-mêmes. Nous ne sommes plus de simples agents immobiliers ; nous sommes les architectes de la valeur.

Merci, César Val, pour cette journée inoubliable. Le soleil de Marbella brillait de mille feux, mais l’avenir que nous façonnons pour notre équipe et nos clients est encore plus radieux.

Rédigé par
Smadar Kahana
Smadar Kahana

Directrice Générale

"Le marché de Marbella est toujours dynamique et attire une clientèle internationale diversifiée"

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